La tablette vierge qui annonçait une invasion : le secret de Démarate

Une tablette d’écriture parfaitement vide arrive à Sparte. Personne ne comprend pourquoi on l’a envoyée. Jusqu’à ce qu’une femme ait l’idée de gratter la cire. Une histoire de message caché, et d’esprit critique.

L’histoire

Nous sommes peu avant 480 avant J.-C. Démarate est un ancien roi de Sparte, chassé de son trône, qui vit désormais à la cour des Perses. Il y apprend une nouvelle de la plus haute importance : le roi Xerxès prépare l’invasion de la Grèce.

Démarate veut prévenir Sparte. Mais les routes sont surveillées, et un message écrit serait saisi.

À l’époque, on écrit sur des tablettes de bois recouvertes de cire, que l’on grave avec une pointe. Démarate a une idée : il prend une tablette double, gratte toute la cire, grave son message directement sur le bois… puis recouvre le tout d’une nouvelle couche de cire, bien lisse. La tablette semble vierge. Elle passe tous les contrôles sans éveiller le moindre soupçon.

Arrivée à Sparte, la tablette laisse tout le monde perplexe : pourquoi envoyer une tablette vide ? C’est Gorgô, fille du roi Cléomène et épouse du roi Léonidas, qui comprend la ruse. Elle conseille de gratter la cire. Le message apparaît. Les Spartiates le transmettent aux autres cités grecques, qui peuvent se préparer.

Détail savoureux : l’historien Hérodote, qui raconte l’histoire, avoue ne pas savoir si Démarate a agi par fidélité à sa patrie… ou pour le plaisir d’annoncer une mauvaise nouvelle à ceux qui l’avaient chassé.

Ce que ça nous apprend

La ruse de Démarate, c’est encore de la stéganographie, comme pour l’esclave d’Histiée, notre premier épisode : le message n’est pas chiffré, il est caché dans un objet qui a l’air inoffensif. Et cette histoire porte trois leçons très actuelles :

  • Ce qui a l’air anodin passe partout. Une tablette vide ne se fouille pas. Aujourd’hui, une fuite de données peut se cacher dans un fichier banal (une image, un document sans importance apparente) qui sort de l’entreprise sans que personne ne le regarde.
  • Le destinataire a failli ne rien comprendre. Une protection trop discrète, que personne n’a expliquée à l’avance, peut bloquer aussi celui à qui le message est destiné. En sécurité, les règles d’échange se conviennent avant, pas au moment où l’on en a besoin.
  • Il a suffi d’une personne qui se pose la bonne question. Gorgô n’avait pas d’outil, seulement de la curiosité : « Pourquoi nous envoyer une tablette vide ? » C’est exactement l’esprit critique que l’on attend de chacun face à un message ou un fichier qui ne colle pas.

Nos conseils

  1. Convenez à l’avance avec vos partenaires de la façon d’échanger les informations sensibles : quel outil, comment transmettre le mot de passe, qui contacter en cas de doute.
  2. Encouragez vos équipes à signaler ce qui leur paraît étrange, même sans certitude. Un « c’est peut-être rien, mais… » vaut mieux qu’un silence.
  3. Gardez un œil sur ce qui sort de l’entreprise, pas seulement sur ce qui y entre : volumes inhabituels, envois vers des adresses personnelles, outils de transfert non prévus.

Pour aller plus loin : l’histoire est racontée par Hérodote dans ses Histoires (livre VII, chapitre 239).

Épisode inspiré de la conférence de William Bourgeois sur l’histoire des codes secrets. Préparé avec l’aide d’une intelligence artificielle et validé par KyNeo.