A devient D, B devient E, C devient F… Un message écrit ainsi ressemble à du charabia. C’est le code que Jules César employait, dit-on, pour ses lettres confidentielles. Et c’est aussi la preuve qu’un secret trop simple ne tient pas longtemps.
L’histoire
Dans l’épisode précédent, la scytale brouillait l’ordre des lettres. Avec César, on change les lettres elles-mêmes : c’est ce qu’on appelle une substitution.
Le principe tient en une phrase : on décale l’alphabet. Avec trois crans d’avance, A s’écrit D, B s’écrit E, C s’écrit F, et ainsi de suite. « BONJOUR » devient « ERQMRXU ». Pour lire, le destinataire fait le chemin inverse.
Notre source est Suétone, historien romain du début du 2e siècle de notre ère, donc bien après la mort de César (44 av. J.-C.). Dans sa Vie du divin Jules, il raconte que César écrivait en chiffre ce qui devait rester confidentiel dans ses lettres à ses proches. Pour les lire, explique-t-il, il suffit de mettre la quatrième lettre, D, à la place du A, et ainsi de suite.
Un point d’honnêteté : Suétone décrit l’usage, il ne dit pas que César a inventé le procédé, et il ne cite aucune lettre chiffrée. Le même auteur rapporte qu’Auguste utilisait une variante : un seul cran de décalage, avec « AA » à la place de X pour boucler l’alphabet.
Ce que ça nous apprend
- Une clé trop simple se devine. Avec notre alphabet de 26 lettres, il n’existe que 25 décalages possibles. Un humain les essaie en quelques minutes, un ordinateur en un instant. C’est notre lecture, pas celle de Suétone.
- Une seule clé ouvre tout. Une fois le décalage trouvé, toutes les lettres se lisent. C’est le risque d’un mot de passe réutilisé partout.
- Les petites ruses prévisibles ne trompent personne. Remplacer les « a » par des « @ » ou ajouter un « 1 » à la fin d’un mot, c’est le chiffre de César des mots de passe : il est très probable que les logiciels de devinette essaient d’abord ces variantes courantes.
Le chiffre de César a en réalité un défaut bien plus grave : chaque lettre est toujours remplacée par la même. On dit qu’il est monoalphabétique. Or, dans un texte, certaines lettres reviennent bien plus souvent que d’autres. Cette analyse des fréquences permet de casser tout chiffrement de ce type, même sans connaître la clé. Dans deux épisodes, nous verrons comment Al-Kindi, au 9e siècle, l’a mise au point.
Nos conseils
- Évitez les mots « maquillés ». Préférez une phrase de passe longue, par exemple quatre ou cinq mots sans lien entre eux.
- Un mot de passe différent par service. Un gestionnaire de mots de passe évite de tout retenir (voir notre premier épisode).
- Ajoutez la double authentification sur vos comptes importants : même une clé devinée ne suffit plus. Notre « bon réflexe » du bulletin du 30 octobre 2026 y revient.
Pour aller plus loin : Suétone, Vie du divin Jules, chapitre 56, et Vie d’Auguste, chapitre 88 (traduction de J. C. Rolfe, consultable en ligne sur Lexundria et Lexundria).
Épisode inspiré de la conférence de William Bourgeois sur l’histoire des codes secrets. Préparé avec l’aide d’une intelligence artificielle et validé par KyNeo.