Fausses applications d’IA : quand un vrai logiciel signé sert de cheval de Troie

Des pirates diffusent de fausses applications de bureau ChatGPT et Claude, bien placées dans les résultats de Google. Leur astuce : glisser un composant piégé à côté d’un vrai programme signé par l’éditeur, qui le lance sans le savoir. Une vieille technique, rajeunie par l’engouement pour l’IA, que quelques règles simples suffisent à bloquer.

Ce qui s’est passé

Le 27 octobre 2026, les chercheurs de Check Point ont publié l’analyse d’une campagne qu’ils ont baptisée « Yoba » (Check Point Research), reprise le 29 octobre par The Hacker News. Depuis l’été, des projets publiés sur GitHub, la grande plateforme de partage de code, se présentent comme des applications de bureau pour des modèles d’IA récents ou imaginaires (« GPT-5.6 Sol », « GPT-6 Astra », « Claude Opus »). De petites pages de présentation renvoient vers le téléchargement. Elles remontent en bonne place dans Google, ce qui laisse penser que les pirates ont travaillé leur référencement.

Le nombre de victimes n’est pas connu. Une version plus ancienne du même outil se faisait déjà passer, dès juin, pour un éditeur de code assisté par IA.

Comment l’attaque a fonctionné

Le fichier téléchargé contient un programme d’installation authentique, signé numériquement par OpenAI ou par Anthropic. Mais quand Windows lance un programme, il va chercher certains composants d’abord dans le même dossier. Les pirates y ont placé un composant piégé, que le vrai programme charge comme s’il était le sien. Pour l’ordinateur et pour une partie des protections, c’est un logiciel de confiance qui tourne.

La suite est conçue pour passer inaperçue :

  • le composant demande à être lancé en administrateur, puis s’installe pour se relancer à chaque démarrage, sous un nom qui imite une tâche de Microsoft ;
  • il refuse de fonctionner quand il est analysé à part, et évite les ordinateurs réglés en russe et dans plusieurs pays voisins ;
  • il reçoit ses ordres en passant par des services grand public (Telegram, un service de Google), ce qui le rend difficile à distinguer du trafic normal.

Dans les cas observés, il installe un logiciel qui fait travailler le processeur pour produire de la cryptomonnaie au profit des pirates, en se mettant en pause quand l’utilisateur est actif. Mais les chercheurs le soulignent : le même chargeur peut livrer n’importe quel autre programme.

Ce qu’on ne sait pas encore

On ignore combien de personnes ont téléchargé ces fausses applications, dans quels pays, et si d’autres charges que le mineur de cryptomonnaie ont été envoyées.

Ce que ça change pour une PME

  1. Retirez les droits d’administrateur au quotidien. Ce logiciel malveillant a besoin de ces droits pour s’installer. Un salarié qui travaille avec un compte ordinaire bloque l’attaque, même s’il a cliqué.
  2. Fixez la liste des logiciels autorisés, et qui les installe. Un logiciel s’installe à partir du site officiel de l’éditeur, par la personne chargée de l’informatique, pas depuis un résultat de recherche.
  3. Dites clairement quel service d’IA est autorisé. La fiche « Utiliser l’IA, conseils pour les particuliers et les professionnels » de Cybermalveillance.gouv.fr recommande de n’utiliser au travail que le service souscrit par l’employeur. Sans consigne, chacun cherche « son » outil, et les pirates le savent.
  4. Prenez au sérieux un ordinateur qui ralentit sans raison. Un processeur qui chauffe la nuit ou un ventilateur qui tourne en permanence peuvent signaler un mineur caché : signalez-le plutôt que de redémarrer en espérant que ça passe.

Le regard de l’auditeur

Quatre questions à vous poser, ou à poser à votre prestataire. Elles s’inspirent de ce que vérifie un auditeur ISO 27001 :

  1. Qui, dans l’entreprise, peut installer un logiciel sur son poste, et savons-nous pourquoi chacun a ce droit ?
  2. Avons-nous une règle écrite sur les outils d’IA autorisés, et les salariés la connaissent-ils ?
  3. Notre protection des postes repérerait-elle un composant piégé lancé par un programme signé, ou ne regarde-t-elle que le programme lancé ?
  4. Qui est prévenu quand un poste se met à consommer anormalement, ou quand une nouvelle tâche s’installe pour se relancer à chaque démarrage ?

Pour les pros : notre analyse technique (mode opératoire, MITRE ATT&CK, questions d’audit ISO 27001).

Cet article prolonge notre bulletin de veille du 30 octobre 2026.

Analyse préparée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir de sources publiques, sous la responsabilité de KyNeo. Malgré nos contrôles, des erreurs peuvent subsister : en cas de doute, référez-vous aux sources citées. Les informations non confirmées sont signalées comme telles.